HENRI THOMAS



Anglemont, Vosgos, 1912 – París-Francia, 1993

CE QUE JE VOIS


Le lilas fleurit sous la lune
Et ce que je vois je le dis :
La fille nue à gorge brune
Dans le lilas m'ouvre son lit

Le lit du torrent m'est ouvert
Et la fille aux genoux polis
Chaque nuit roule vers la mer,
Une vague étouffe ses cris.

C'est là le drame de mes jours,
La nuit revient sans le résoudre,
À la renverse fuit l'amour
Jusqu'à la mer pour se dissoudre

Si je l'attrape je m'éveille,
Si je m'éveille elle est perdue
Ainsi de suite. Est-ce merveille
Si j'ai l'air de tomber des nues ?

Nul désordre
Poésies (éditions Gallimard)

LO QUE VEO

Lila flores en la luz de la luna
Y lo que veo yo digo:
Chica desnuda con marrón garganta
Abrí la cama lila

El lecho del río está abierto I
Y las rodillas corteses niña
Todas las noches corre hacia el mar,
Una ola ahoga sus gritos.

Esa es la tragedia de mi vida,
La noche vuelve sin resolver,
En versiones anteriores fugas amor
Hacia el mar para disolver

Si lo cojo me despierto
Si me despierto se pierde
Así sucesivamente. ¿Es maravilla
Si me parece que caen del cielo?

LA NUIT VENU

La corde vibre avant la fin du jour,
Une poussière environne les pierres,
La corde tremble et la poussière avance
Entre les os dans des espaces vides,
Ainsi l'eau noire envahit les carrières,
Je ne suis plus avec l'herbe et le vent,
J'ai dévié de la courbe infinie
Qui joint les nuits, les jours et les saisons,
Reste ce fil qui vibre sourdement,
Cette poussière émanant des maisons,
Un homme assis sous l'horloge des gares
La voit flotter entre le monde et lui,
La corde vibre au passage des bruits
Comme un insecte abrité dans la cendre,
Dernière voix qui parle sans espoir
Quand s'est vidé l'échafaudage noir,
Guitare d'os sous la main d'un fantôme
Qui se confond à la poussière obscure,
Au lieu du corps vient un fuseau d'étoiles,
Il reconstruit une autre créature.

Nul désordre
Poésies (éditions Gallimard)

POR LA NOCHE

Por la noche

La cuerda vibra antes del final de la día,
Polvo rodea las piedras
Cuerda temblar y polvo de plomo
Entre los huecos en el hueso,
Y el agua negro invade carreras
Ya no estoy con la hierba y el viento
I desviado de la curva infinita
Lo que une noches, días y estaciones,
Este hilo se sigue vibrando sordamente,
El polvo de las casas,
Un hombre sentado en las estaciones del reloj
Ve flotador entre el mundo y consigo mismo,
La cuerda vibra para el paso del sonido
Como un insecto alojado en cenizas,
Última voz que habla sin esperanza
Cuando vació andamio negro
Guitarra hueso en la mano de un fantasma
Lo que coincide con el polvo oscuro,
En lugar del cuerpo viene en las estrellas de tiempo,
Reconstruyó otra criatura.

LES BORDS DU FLEUVE

Il y a au bord du fleuve
Une fille à robe rouge
Attendant la nuit pour vivre,

Tellement sauvage et belle
Qu'un soleil éblouissant
Marche au milieu de ses rêves,

Il n'a de ciel que ses yeux
Derrière une ombre d'orage
Couvrant l'azur interdit.
Une fille au bord du fleuve
En chemin vers une image
Que le jour ne peut montrer.

Les lampes, l'une après l'autre,
Les lampes prennent sa robe
Et la déchirent sur l'eau,

Mais jamais jusqu'à la chair,
Mais jamais jusqu'au soleil
Barré de chaudes ténèbres.

Partout montent, se confondent,
Des arches de nuit profonde,
Elle est nue, elle est cachée.

Poésie-Gallimard
Les bords du fleuve

Il y a au bord du fleuve
Une fille à robe rouge
Attendant la nuit pour vivre,

Tellement sauvage et belle
Qu'un soleil éblouissant
Marche au milieu de ses rêves,

Il n'a de ciel que ses yeux
Derrière une ombre d'orage
Couvrant l'azur interdit.
Une fille au bord du fleuve
En chemin vers une image
Que le jour ne peut montrer.

Les lampes, l'une après l'autre,
Les lampes prennent sa robe
Et la déchirent sur l'eau,

Mais jamais jusqu'à la chair,
Mais jamais jusqu'au soleil
Barré de chaudes ténèbres.

Partout montent, se confondent,
Des arches de nuit profonde,
Elle est nue, elle est cachée.


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