CATHERINE POZZI


París-Francia, 1882-1934


AVE

Très haut amour, s'il se peut que je meure

Sans avoir su d'où je vous possédais,

En quel soleil était votre demeure

En quel passé votre temps, en quelle heure

Je vous aimais,

Très haut amour qui passez la mémoire,

Feu sans foyer dont j'ai fait tout mon jour,

En quel destin vous traciez mon histoire,

En quel sommeil se voyait votre gloire,

Ô mon séjour.

Quand je serai pour moi—même perdue

Et divisée à l'abîme infini,

Infiniment, quand je serai rompue,

Quand le présent dont je suis revêtue

Aura trahi,

Par l'univers en mille corps brisée,

De mille instants non rassemblés encor,

De cendre aux cieux jusqu'au néant vannée,

Vous referez pour une étrange année

Un seul trésor

Vous referez mon nom et mon image

De mille corps emportés par le jour,

Vive unité sans nom et sans visage,

Cœur de l'esprit, ô centre du mirage

Très haut amour.

AVE

Muy alto amor, si acaso yo muriese


Sin saber nunca dónde te encontré,


En qué planeta estaba tu morada


Tu tiempo en qué pasado, en qué hora


Te amaba yo,


Muy alto amor que escapas al recuerdo,


Fuego sin foco que fue todo mi sol,


En qué sino trazabas mi existencia,


En qué sueño tu gloria se veía,


Oh mi aposento


Cuando para mí misma esté perdida

Y dividida en abismo infinito,


Cuando rota ya esté infinitamente,


Cuando sea traidor este presente


Que me reviste,


Quebrada por el mundo en mil fragmentos,


De mil instantes aún no reunidos,


De ceniza cernida hasta la nada,


Para un extraño tiempo harás de nuevo


Sólo un tesoro


De nuevo harás mi imagen y mi nombre


Con mil cuerpos robados por el día,


Viva unidad sin nombre y sin figura,


Centro del alma, raíz del espejismo


Muy alto amor.


VALE

La grande amour que vous m'aviez donnée


Le vent des jours a rompu ses rayons —


Où fut la flamme, où fut la destinée


Où nous étions, où par la main serrée


Nous nous tenions


Notre soleil, dont l'ardeur fut pensée
L'orbe pour nous de l'être sans second


Le second ciel d'une âme divisée


Le double exil où le double se fond


Son lieu pour vous apparaît cendre et crainte,


Vos yeux vers lui ne l'ont pas reconnu


L'astre enchanté qui portait hors d'atteinte


L'extrême instant de notre seule étreinte


Vers l'inconnu.


Mais le futur dont vous attendez vivre


Est moins présent que le bien disparu.


Toute vendange à la fin qu'il vous livre


Vous la boirez sans pouvoir être qu'ivre


Du vin perdu.


J'ai retrouvé le céleste et sauvage


Le paradis où l'angoisse est désir.


Le haut passé qui grandi d'âge en âge


Il est mon corps et sera mon partage


Après mourir.


Quand dans un corps ma délice oubliée


Où fut ton nom, prendra forme de cœur
Je revivrai notre grande journée,


Et cette amour que je t'avais donnée


Pour la douleur.


VALE

Del gran amor que tú me habías dado


El viento de los días los rayos destrozó —


Donde estuvo la llama, donde estuvo el destino


Donde estuvimos, donde, las manos enlazadas,


Juntos estábamos


Sol que fue nuestro, de ardiente pensamiento


Para nosotros orbe del ser sin semejante


Segundo cielo de un alma dividida


Exilio doble donde el doble se funde


Ceniza y miedo para ti representa


Su lugar, tus ojos no lo han reconocido


Astro encantado que con él se llevaba


De nuestro solo abrazo el alto instante


Hacia lo ignoto.


Pero el futuro del que vivir esperas


Menos presente está que el bien ausente


Toda vendimia que él al final te entregue


La beberás mientras te embriaga el


Vino perdido..


Volví a encontrar lo celeste y salvaje


El paraíso en que angustia es deseo


Alto pasado que con el tiempo crece


Es hoy mi cuerpo, mi posesión será


Tras el morir.


Cuando en un cuerpo mi delicia olvidada


En que estuvo tu nombre se vuelva corazón


Reviviré los días que fueron nuestro día


Y aquel amor que yo te había dado


Para el dolor.



ESCOPOLAMINE


Le vin qui coule dans ma veine


A noyé mon cœur et l'entraîne


Et je naviguerai le ciel


À bord d'un cœur sans capitaine


Où l'oubli fond comme du miel.


Mon cœur est un astre apparu


Qui nage au divin nonpareil.


Dérive, étrange devenu !


Ô voyage vers le soleil —


Un son nouvel et continu


Est la trame de ton sommeil.


Mon cœur a quitté mon histoire


Adieu Forme je ne sens plus


Je suis sauvé je suis perdu


Je me cherche dans l'inconnu


Un nom libre de la mémoire.


ESCOPOLAMINA

El vino que por mis venas fluye


Ahogó mi corazón y se lo lleva


Y por el cielo yo navegaré


En un corazón sin capitán


Donde el olvido es blanda miel.


Mi corazón es astro aparecido,


Que nada en el divino sin igual.


¡Deriva, extraño acontecido!


Oh viaje, largo viaje hacia la luz—


Sonido nuevo y nunca interrumpido


Es la tejida trama de tu sueño.


Mi corazón abandonó mi historia


Adiós Forma ya no siento más


Estoy a salvo al fin estoy perdida


Me voy buscando en lo desconocido


Un nombre libre de la memoria.



NOVA


Dans un monde au futur du temps où j'ai la vie


Qui ne s'est pas formé dans le ciel d'aujourd'hui,

Au plus nouvel espace où le vouloir dévie
Au plus nouveau moment de l'astre que je fuis


Tu vivras, ma splendeur, mon malheur, ma survie


Mon plus extrême cœur fait du sang que je suis,


Mon souffle, mon toucher, mon regard, mon envie,


Mon plus terrestre bien perdu pour l'infini.


Évite l'avenir, Image poursuivie !


Je suis morte de vous, ô mes actes chéris


Ne sois pas défais toi dissipe toi délie


Dénonce le désir que je n'ai pas choisi.


N'accomplis pas mon jour, âme de ma folie, 

Délaisse le destin que je n'ai pas fini.


NOVA

En un mundo futuro en que tengo la vida


Que no llegó a formarse en el cielo de hoy,


En el flamante espacio adonde va el querer


En el virgen momento del astro que rehuyo


Vivirás, mi esplendor, mi salvación, mi pena


Mi extremo corazón con mi sangre formado,


Mi mirada, mi aliento, mi tacto, mi deseo,


Mi más terrestre bien para el azul perdido.


¡Elude el porvenir, Imagen perseguida!


De vosotros he muerto, oh mis actos queridos
Deshácete disípate no aceptes ser desata


Denuncia ese deseo que yo nunca elegí.


No completes mi día, alma de mi locura,—


Abandona el destino que no llegué a cumplir.



MAYA

Je descends les degrés de siècles et de sable


Qui retournent à vous l'instant désespéré


Terre des temples d'or, j'entre dans votre fable


Atlantique adoré.


D'un corps qui ne m'est plus que fuie enfin la flamme


L'Âme est un nom chéri détesté du destin —


Que s'arrête le temps, que s'affaisse la trame,


Je reviens sur mes pas vers l'abîme enfantin.


Les oiseaux sur le vent dans l'ouest marin s'engagent,


Il faut voler, bonheur, à l'ancien été


Tout endormi profond où cesse le rivage


Rochers, le chant, le roi, l'arbre longtemps bercé,


Astres longtemps liés à mon premier visage,
Singulier soleil de calme couronné.


MAYA

Desciendo los peldaños de siglos y de arena


Que el instante angustiado conducen hacia ti


Tierra de templos de oro, en tu fábula entro


Atlántico adorado.


De un cuerpo ya no mío que la llama rehuye


Caro nombre es el Alma, que detesta el destino —


Que se detenga el tiempo, que se hunda la trama,


Sobre mis pasos vuelvo al abismo infantil.


En el viento los pájaros hacia el marino oeste


Vuelan, hay que volar, dicha, al verano antiguo


Sumido en sueño allí donde cesa la orilla


Rocas, el canto, el rey, árbol que el viento mece,
Astros de antiguo unidos a mi rostro primero


Extraordinario sol de calma coronado.


NYX

A Louise aussi de Lyon et d'Italie


Ô mes nuits, ô noires attendues


Ô pays fier, ô secrets obstinés


Ô longs regards, ô foudroyantes nues


Ô vol permis outre les cieux fermés.
Ô grand désir, ô surprise épandue


Ô beau parcours de l'esprit enchanté


Ô pire mal, ô grâce descendue


Ô porte ouverte où nul n'avait passé


Je ne sais pas pourquoi je meurs et noie


Avant d'entrer à l'éternel séjour.


Je ne sais pas de qui je suis la proie.


Je ne sais pas de qui je suis l'amour.



NYX

A Louise también de Lyón y de Italia


Oh noches mías, oh sombras esperadas


Oh tierra altiva, oh secretos tenaces


Oh lentos ojos, oh nubes fulminantes


Oh vuelo libre más allá de los cielos.


Oh gran afán, oh expandida sorpresa


Oh bella marcha del alma embelesada


Oh mal supremo, oh gracia descendida


Oh puerta abierta por la que nadie entró


No sé por qué me muero yo y me ahogo


Antes de entrar en la eterna morada.


Cómo saber de quién yo soy la presa.


Cómo saber de quién soy el amor.



© Catherine PozziTraducción de Carlos Cámara y Miguel Ángel

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